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>>Sus aux chutes

La «mauvaise chute», c’est une hantise pour beaucoup de personnes âgées. A raison, car son impact peut être considérable: contusions, fractures, immobilisation, hospitalisation, mais aussi conséquences psychologiques telles que perte de confiance en soi, peur de sortir, peur d’être placé, isolement, dépression. Là aussi, la spirale s’enclenche vite: par crainte de tomber, on sort de moins en moins, donc on s’affaiblit et on n’exerce plus son sens de l’équilibre, augmentant par là le risque de tomber à nouveau.

Il faut savoir que beaucoup de personnes âgées rechignent à admettre et à signaler leurs chutes, car cela les confronte à leur fragilité grandissante et leur fait craindre d’être considérées comme incapables de continuer à vivre en autonomie. Les chiffres existants sont donc probablement sous-estimés: 30 à 50% des personnes de plus de 65 ans font au moins une chute par an (et 80% des plus de 85 ans). 20% de ces chutes donnent lieu à une intervention médicale et 10 à 15% occasionnent des fractures. Une personne sur deux re-chute dans l’année. Un tiers des personnes âgées hospitalisées après une chute s’orientent ensuite vers une maison de repos.

Ecole Parachute

Le Dr Florence Benoît, gériatre, a fondé l’école Parachute à l’hôpital Brugmann (ULB) en 2000. Comme elle l’explique, la période dite ‘âgée’ est plus dangereuse du point de vue des chutes car elle correspond à un début, généralement inconscient, de moindre harmonie entre les capacités personnelles et les contraintes du milieu. «On garde confiance en soi… et on tombe au moment où on s’y attend le moins. Il y a donc place pour une prévention primaire, qui interviendrait avant la chute. Mais il est difficile de sensibiliser les personnes et de les encourager à venir jusque chez nous. Quant à la prévention secondaire, elle consiste à dédramatiser les chutes, à en analyser les causes, et à changer les comportements.» Le volet médical d’identification des causes de la chute et d’évaluation des facteurs favorisants se fait en collaboration avec le médecin traitant.

Apprendre à tomber

L’équipe pluridisciplinaire de Parachute propose un travail par modules, en groupes de 8 personnes maximum, toutes ambulatoires (ce n’est pas un service hospitalier). Les exercices portent sur l’équilibre, la marche, la force musculaire, la souplesse des articulations, la proprioception. On y simule des situations de la vie courante: monter dans un bus, porter des sacs de provisions, s’asseoir sur un banc public, etc.

Très important aussi: apprendre à tomber… et surtout à se relever! On sait que 47% des chuteurs en sont incapables, et que l’expérience de rester immobilisé au sol en espérant des secours est extrêmement traumatisante et humiliante pour celui qui la vit.

L’action de Parachute comporte aussi un volet d’accompagnement psychologique, avec des groupes de paroles favorisant l’expression des différentes peurs liées aux chutes et l’échange de vécus semblables.

Florence Benoît insiste sur un point: il ne s’agit pas de revalidation! «Nous ne tentons pas de guérir ces personnes de leur arthrose ou de leurs autres pathologies, mais nous leur apprenons à s’y adapter. Nous utilisons des trampolines, des exercices sur ballons, etc. Nous leur proposons d’effectuer ces exercices devant un miroir, ce qui leur permet de mieux visualiser ce qui ne va pas. Des disciplines comme le taï-chi sont également très bénéfiques: on peut encore obtenir une nette amélioration de l’équilibre à 80 ans

Manque de subsides

Le Dr Benoît souligne en passant que les activités de l’école Parachute ont été prodiguées de manière quasi bénévole, et n’ont bénéficié d’aucun subside jusqu’à présent. Cela devrait changer puisque les programmes de prévention des chutes sont repris dans le cadre des futurs hôpitaux de jour gériatriques. Elle évoque aussi la possibilité de former des intervenants dans les communes, un projet qui avait fleuri... puis fané après une récupération politique sans suite. A replacer pour les prochaines élections, peut-être…?

Auteur : Karin Rondia
Source : Le Journal du Médecin (n° 1754 du 12/05/2006) - ©Lejournaldumedecin.com

N.B. : Le Dr Jean Robberecht a pris la relève du Dr Benoît en ce qui concerne l'activité Parachute (au sein de l'hôpital de jour gériatrique).