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>>Stroke unit : quatre ans contre les AVC

Le Dr Gazagnes, responsable de la stroke unit, et Stéphane Arts, infirmier en chef de l'unitéQuatre lits seulement, mais qui peuvent faire une vraie différence pour les personnes touchées par un accident vasculaire cérébral. La stroke unit ("unité des attaques" en français dans le texte) du CHU Brugmann existe depuis quatre ans, et elle a déclenché des changements en profondeur dans l'unité de revalidation où elle est installée.

L'accident vasculaire cérébral (AVC) frappe, selon les estimations, 24000 Belges chaque année, avec des conséquences dramatiques: la mort (7000 au bout d'un an), et le handicap (seuls 30% des survivants peuvent retourner un jour à leur occupation précédente). Le consensus parmi les spécialistes, suite à de nombreuses études, établit que la meilleure manière de prendre en charge les personnes victimes d'un AVC est la stroke unit. Celle de Brugmann, dirigée par le Dr Marie-Dominique Gazagnes, est en place depuis quatre ans; présentation.

Une prise en charge bien spécifique

Quatre lits sont disponibles dans l’unité 82, le dernier ayant été ajouté en août 2006. Les patients y sont admis en urgence, ils sont équipés de monitorings qui sont reliés à une centrale de surveillance pour l'électrocardiogramme, la tension artérielle et la saturation en oxygène. La mise au point (examens radiologiques, cardiologiques et vasculaires) y est faite dans les délais les plus brefs: cinq jours ouvrables pour le tout, alors que certains de ces examens exigent un délai d'attente de plusieurs mois lorsque l'on passe par une filière normale. De même, le programme de réadaptation multidisciplinaire démarre dès que le patient en est capable.
L'hospitalisation en stroke unit dure 3,5 jours en moyenne, après quoi les patients sont transférés directement dans l'unité de revalidation traditionnelle.

Des résultats à la clé

Mobiliser le patient aussi rapidement que possible, l'un des enjeux de la stroke unit...Le premier objectif atteint de la Stroke Unit, c'est l'arrivée rapide du patient dans l'unité. Il faut en effet compter avec un passage éventuel par les urgences (prise de sang, radio du thorax, ECG). Le service d’urgences dispose donc de la liste des neurologues de garde pour la stroke unit, et des numéros de téléphone auxquels ils sont joignables 24 heures sur 24. Le médecin de garde-stroke est contacté dès qu’un patient rentre dans les critères d’admission (si le patient est susceptible d’avoir fait un AVC ou un accident ischémique transitoire dans les 72 h qui précèdent), et il se déplace si la situation l’exige. La coopération est efficace: la durée moyenne d’attente entre l’entrée à l’hôpital et l’entrée dans la stroke unit est de quatre heures environ.
Grâce à cette bonne collaboration, le service a pu commencer, en janvier 2004, à effectuer des thrombolyses intraveineuses. Cette technique permet de dissoudre le caillot qui empêche le sang d'arriver jusqu'à une partie du cerveau. Elle diminue, voire prévient complètement les séquelles, à une condition: être effectuée dans les trois heures qui suivent l'AVC. Chaque minute compte donc.

Des effectifs adaptés

Si le patient se sent suffisamment bien, la rééducation commence dès son arrivée en stroke unit...Les patients bénéficient de la proximité de l'unité de revalidationPour les infirmières travaillant en revalidation, la mise en place de la stroke unit était une vraie révolution. La nouvelle activité était bien sûr attrayante, mais démarrer un travail plus spécifique dans une unité de soins comptant parmi les moins staffées du plateau hospitalier était un véritable défi . Parce qu'il y avait peu de références et encore moins de normes dans le domaine, la charge de travail à venir était difficilement quantifiable; et il fallait pourtant que les tâches déjà en place dans l'unité de revalidation neurologique coexistent avec celles, nouvelles, de la stroke unit. Des simulations d’horaires ont permis de cerner plus clairement les besoins de cette diversification de l’activité.

Une organisation améliorée

L'implantation d'une stroke unit dans le service de revalidation a entraîné la nécessité d'effectuer des transferts à l'intérieur du service, entre stroke unit et revalidation traditionnelle, rapidement et sans risque d'erreur. Il a donc fallu adapter à la stroke unit le dossier patient informatisé qui existait en revalidation, et qui avait été conçu par et pour les infirmières de cette unité de soins. Ce dossier évite aux infirmières de devoir recopier les données lorsque les patients passent de la stroke unit à l'unité de revalidation.
Il permet de garder à portée de main un grand nombre d'informations (RIM, feuilles de soin…) et améliore la diffusion des informations à tous les membres de l'équipe, ainsi qu'au médecin traitant. Le fruit d'une convergence de besoins entre les médecins de l'unité et l'équipe infirmière… Et la clé d'une bonne collaboration de tous, pour combiner complexité et efficacité.

:: AVC: trop méconnus :: Malgré leur fréquence, les AVC sont mal connus par la population. Il est toujours utile de rappeler que devant ces symptômes qui se maintiennent au moins 30 minutes, il est absolument nécessaire d'appeler le 100 :
>paralysie soudaine d’un bras ou d’une jambe
>perte brutale de la sensibilité au niveau du bras, de la jambe ou du visage
>troubles du langage
>difficultés visuelles soudaines (un seul oeil ou les deux)
>troubles de coordination des gestes, vertiges ou troubles de l’équilibre
>maux de tête inhabituels et très violents en "coup de poignard"

(Source: Belgian Stroke Council)
:: Quatre années en quelques chiffres ::
1. Les admissions à la stroke unit représentent un tiers des admissions en Revalidation Neurologique au CHU Brugmann.
2. En un peu plus de quatre ans, le service a admis plus de 800 patients et comptabilisé plus de 2500 journées tarifiables.
3. 12 thrombolyses intraveineuses depuis le 10 Janvier 2004 .
4. 44.05% des patients issus de la stroke unit génèrent des séjours hospitaliers inférieurs à 10 jours.
5. 13.05% des patients issus de la stroke unit génèrent des séjours hospitaliers supérieurs à 60 jours.
6. Selon la littérature, l’impact de la prise en charge des AVC à la stroke unit a pour résultats:
>Diminution de la mortalité de 19%
>Diminution du risque de décès ou de dépendance de 29%
>Diminution du risque de décès ou d’institutionnalisation de 25%.

Auteur : Stéphane Arts, adapté par Marion Garteiser
Source : Osiris News (n° 7, décembre 2006-février 2007)