Photo CHUB
FRNLEN

>>Jacqueline Pesleux : une philosophie des soins comme fil rouge

Jacqueline PesleuxEn poste au CHU Brugmann depuis 12 ans, Jacqueline Pesleux y a profondément marqué de son empreinte la direction du département infirmier. Le 30 juin de cette année, elle prend sa retraite, laissant à ses collaborateurs l'image d'une femme humaine et profondément engagée.

"Jacqueline Pesleux ne s'est jamais contentée de belles paroles. Elle a toujours visé un travail de grande qualité dans le respect de chacun." Karin Keppens, cadre infrmier responsable de la formation permanente et Paul Sonkes, adjoint à la direction du département infirmier, tiennent par ces quelques mots à souligner les qualités d'écoute et d'analyse de celle qui a dirigé le département infirmier pendant 12 ans. Un sourire franc et rassurant, un air parfois songeur, Jacqueline Pesleux donne l'image d'une femme sereine et accomplie. Et pour cause…

Des débuts prometteurs

Diplômée en juin 1967 de l'Ecole d'infirmières de l'ULB, Jacqueline Pesleux enfile sa première blouse blanche au service de médecine interne du CHU Saint-Pierre. "Dès le premier soir, j'étais déjà seule dans une salle avec une aide-soignante. Trois mois plus tard, je faisais les remplacements de l'infrmière en chef." En 1968, la jeune femme accepte un poste d'enseignante et entreprend dans la foulée une licence en sciences hospitalières. "Partagée entre l'administration et l'enseignement, j'ai suivi simultanément les cours des deux options. Mais mon cœur penchait tout de même un peu plus vers l'hôpital. Trois ans plus tard, j'ai donc décidé de retourner sur le terrain." De retour à l'Hôpital Saint-Pierre, Jacqueline Pesleux accède au poste d'infirmière en chef dans une unité de médecine traitant des patients contagieux. "J'ai pris conscience à cette période de l'importance des contacts avec les proches des patients et j'ai appris à gérer une équipe." Souhaitant explorer de nouvelles voies, elle pose sa candidature à un poste d'infirmière chef de service à l'Institut Bordet, fonction qui la mènera peu après à celle de directrice du département infirmier du même hôpital.

Infirmières philosophes

Nouveau changement d’établissement en 1989: Jacqueline Pesleux rejoint le CHU Brugmann au poste d'adjointe à la direction du département infirmier. Chargée de développer la formation permanente, elle met sur pied un plan de formation pour le personnel infrmier et des journées d'accueil pour les nouveaux arrivants. "J'ai été impressionnée de l'impact que pouvaient avoir ces formations tant sur la qualité des soins que sur la qualité de vie au travail. D'un point de vue plus personnel, cette fonction m'a permis de nouer des contacts et de rencontrer un grand nombre de personnes au sein de l'hôpital." Un atout lorsque, sept ans plus tard, elle accède au poste de directrice du département infirmier. "A l'époque, le CHU Brugmann était composé de plusieurs petits royaumes. Pour rassembler le département infirmier, il me semblait important de déterminer un socle de valeurs communes. Tous les services y ont travaillé. C'était assez émouvant, nous retrouvions nos racines, ce pour quoi nous nous étions lancé(e)s dans ce métier. Les différents travaux ont ensuite été rassemblés et synthétisés en une philosophie des soins valable pour tout l'hôpital (cf. encadré). Il est évident qu'on ne travaille pas de la même manière aux urgences, en gériatrie ou à la maternité. Néanmoins, les grands axes étaient identiques dans l'ensemble des services."

Fusions et réorganisations

A peine installée à son nouveau poste, Jacqueline Pesleux doit faire face à deux fusions. Le Centre Hospitalier Paul Brien rejoint le CHUB en 1999. Le site hospitalier de Jette (rebaptisé ensuite René Magritte) fait de même en 2000. "Ces deux fusions se sont opérées sans heurt pour le département infrmier. Le socle de valeurs que nous avions établi y a sans doute contribué." Autre grand défi de son mandat: pallier le manque de personnel infrmier à Bruxelles. "Nous avons développé une stratégie basée sur l'accueil, l'attractivité et l'encadrement. Résultat: depuis 2000, notre chiffre de recrutement ne cesse d'augmenter."
La situation fnancière de l'hôpital est également une donnée avec laquelle la directrice du département infrmier a dû composer. "Je pense qu'il est possible de maintenir et de développer la qualité des soins tout en étant rigoureux sur le plan fnancier. La solution ? Une meilleure organisation. Une collaboration de tous les services de l'hôpital, un partenariat médecin-infirmière et une communication structurée entre la direction et le personnel sur le terrain sont également des éléments essentiels. Sans ces liens, des projets aussi variés que le SMUR, les soins palliatifs, la liaison gériatrique, les groupes "famille" en psychiatrie, la promotion de l'allaitement maternel ou encore la gestion de la douleur post-opératoire n'auraient pas pu naître et se développer. L'activité d'un hôpital dépend des qualités de ceux et celles qui y travaillent. Je tiens d'ailleurs à dire que je suis impressionnée par la motivation et la créativité dont fait preuve l'ensemble du personnel infrmier et soignant en ces temps de crise. Pour soutenir cette créativité, le r ôle des cadres infirmiers est lui aussi déterminant. Par leur collaboration sans faille et le support continu qu'ils apportent aux équipes de soins, ils ont contribué de manière cruciale à la gestion quotidienne du département et à la réalisation de tous ces projets."

Les patients en point de mire

Mais toute médaille a son revers. Accéder à un tel degré de responsabilités implique de renoncer au contact direct avec les patients. "Je n'ai jamais regretté les choix que j'ai pu faire. Lorsque je circule dans les couloirs de l'hôpital et que je replonge dans les unités de soins, je suis parfois un peu nostalgique, mais je ne regrette rien. Si j'ai postulé à ces différentes fonctions, c'est avec la onviction de pouvoir être utile à un autre niveau pour les patients. Il y a parfois un manque, c'est vrai. C'est d'ailleurs sans doute ce qui explique que certaines infrmières pensionnées, et parmi elles des cadres, s'engagent dans des activités bénévoles." Serait-ce l'un des projets de la nouvelle retraitée? "J'ai eu une carrière bien remplie. Concilier vie professionnelle et vie de famille n'a pas toujours été simple. J'aimerais consacrer plus de temps à mon mari, à mes 4 enfants, à mes amis, mais aussi prendre le temps de respirer. J'ai envie de voyager et de m'impliquer dans des activités sportives et culturelles, ce qui n'exclut peut-être pas une certaine forme de bénévolat."
L'avenir nous le dira…

:: La philosophie des soins du CHUB : "Un art de soigner et de vivre qui nous est propre" ::
"Nous voulons placer le patient au centre de nos soins dans une approche globale dont nous sommes garants.
Nous voulons accueillir et accompagner l'individu en souffrance et ses proches avec respect, en les considérant comme des partenaires.
Par notre attitude professionnelle - humaine, compétente, créative - nous souhaitons lui apporter un bien-être, l'aider à (re)trouver une autonomie et un équilibre de vie, quels que soient son handicap, sa maladie ou son pronostic.
Cette démarche nécessite une formation permanente, un travail d'équipe harmonieux, une dynamique pluridisciplinaire et un soutien continu de la part de l'institution
."

Auteur : Aurélie Bastin
Source : Osiris News (n° 11, juin-août 2008)