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>>Quand radiologie et gynécologie s’épousent…

Jeune radiologue, spécialisée en IRM fœtale, le Dr Mieke Cannie travaille depuis mai 2008 au CHU Brugmann. Elle y partage son activité et ses connaissances avec son mari, le Pr Jacques Jani, chef du service de gynécologie et d’obstétrique.

Enfant, Mieke Cannie rêvait de devenir gynécologue. «Je voyais la naissance d’un enfant comme quelque chose de magique», se souvient-elle. Plus tard, le moment venu de choisir une spécialité, elle hésita entre la radiologie et la gynécologie. Elle opta finalement pour la radiologie. «Dans ma discipline, je me suis rapidement spécialisée dans les problèmes gynécologiques et du fœtus grâce à la résonance magnétique fœtale. Cette orientation me permet de faire également de la gynécologie.»

Ses études de médecine commencées en 1993, la jeune femme a fait trois années de médecine à Courtrai et a terminé ses études à la KUL. En 2001, elle commençait sa spécialisation en radiologie, toujours à la KUL. C’est là qu’elle a rencontré, en 2003, celui qu’elle épousera quelques années plus tard, Jacques Jani, un gynécologue qui réalisait sa thèse d’agrégation et se spécialisait en thérapies fœtales. «J’avais envie de m’orienter vers le fœtus et la grossesse, raconte Mieke Cannie. Mon conjoint m’a encouragée à suivre cette direction. Nous avons mené ensemble des projets de recherche. Jacques m’a proposé de m’occuper de l’imagerie par résonance magnétique fœtale, une nouvelle technique que peu de personnes utilisent. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler dans ce domaine particulier qui est rapidement devenu une grande passion. Mon mari et moi, nous avons passé des heures, de jour comme de nuit, à travailler sur l’IRM fœtale.»

Ils se sont mariés en 2006. A cette époque, Jacques Jani a poursuivi sa formation au King’s College Hospital de Londres, dans l’unité du Pr K. Nicolaïdes où il s’est spécialisé dans le traitement chirurgical des maladies fœtales. Ce service, reconnu comme étant le meilleur au monde, a participé à toutes les grandes premières en matière de chirurgie fœtale. Agé aujourd’hui de 37 ans, Jacques Jani est chef du service de gynécologie et obstétrique au CHU Brugmann où il poursuit notamment l’objectif d’affiner le dépistage échographique des pathologies fœtales. Il opère régulièrement dans les trois grands centres de médecine fœtale que sont Paris, Londres et Barcelone, ainsi qu’à l’Hôpital Erasme et au CHU Brugmann.

IRM foetale

De 2006 à 2007, Mieke Cannie a séjourné avec son mari à Londres. Elle y a écrit sa thèse tout en menant à terme sa première grossesse. En février 2008, leur fille, Eléonore, naissait. Depuis mai 2008, le Dr Cannie est chef de clinique adjoint au CHU Brugmann où elle est spécialisée en IRM fœtale. «Notre service reçoit les femmes enceintes chez qui nous pratiquons les échographies, explique le Pr Jani. Lorsqu’un problème apparaît à l’échographie, nous envoyons la femme enceinte aux spécialistes radiologues de la résonance magnétique. J’ai encouragé et soutenu Mieke pour qu’elle reçoive des patientes en IRM fœtale. En Belgique, peu de centres pratiquent les IRM du fœtus. En Europe, les médecins très spécialisés en IRM fœtale se comptent sur les doigts de la main et Mieke en fait partie. Etant de mieux en mieux connue dans ce domaine particulier, les gynécologues échographistes spécialisés dans la médecine du fœtus envoient de plus en plus souvent leurs patientes à Mieke.»

Comme l’explique le chef de service, l’obésité de la maman, la tête du bébé située très bas dans le bassin et une insuffisance de liquide amniotique sont trois situations qui rendent l’échographie difficile à réaliser. Par contre, l’IRM ne rencontre pas ces trois limites. C’est pourquoi, Mieke Cannie utilise l’IRM fœtale comme outil complémentaire à l’échographie anténatale. «Cette technique apporte de nombreuses informations sur l’anatomie du fœtus, particulièrement au niveau du cerveau et du thorax», précise encore la jeune femme.

Travail en tandem

Mari et femme travaillent ensemble et de manière complémentaire autour du fœtus: il s’occupe des échographies, elle fait les IRM. «De cette façon, nous essayons d’obtenir des diagnostics de plus en plus précis, raconte la radiologue. Lorsque mon mari fait une opération in utero, je réalise ensuite une IRM pour voir si l’état du bébé s’est amélioré ou non.» Une pratique qui, selon Jacques Jani, permet de faire évoluer la médecine: «Dans le domaine de la médecine, il arrive que les deux conjoints, travaillant dans des spécialités différentes, s’entraident et font des choses qui se complètent. Cela permet de faire exploser les choses.»

A côté de son activité au CHU Brugmann, le Dr Cannie travaille une journée par semaine à la VUB en tant que consultante, toujours en IRM fœtale. Elle fait également des autopsies par IRM. «Certaines religions interdisent les autopsies, explique la jeune femme. Par contre, l’autopsie par IRM est autorisée et très bien acceptée. Lorsqu’il a été mis fin à la grossesse pour des raisons médicales ou quand le bébé est né mort, l’IRM apporte des éclaircissements sur ce qui s’est passé. Les autopsies sont très difficiles à vivre pour moi, d’autant plus que j’ai moi-même un bébé.» Des moments parfois pénibles qui n’empêchent pas la spécialiste d’apprécier le contact avec les patientes. «Grâce à l’IRM fœtale, nous pouvons rassurer des parents très inquiets. Mais suite aux résultats de l’IRM, il faut aussi parfois décider de mettre un terme à la grossesse: c’est très dur, nous n’avons pas droit à l’erreur car il s’agit de la vie d’un enfant. Je note les résultats des examens réalisés et mon mari parle avec les patientes afin de voir quelle décision prendre. Ce sont toujours les parents qui décident de garder l’enfant ou pas et nous les soutenons dans leur choix.»

Jacques Jani et Mieke Cannie se disent heureux de partager la même profession, même si, précise le gynécologue, il n’est pas toujours facile pour un couple d’assumer deux grandes carrières. «Nous sommes tous les deux très académiques. De mon côté, j’enseigne la médecine fœtale, l’obstétrique et l’échographie. Mieke sera, elle aussi, bientôt professeur. Nous donnons des congrès, ce qui nous amène à voyager un peu partout dans le monde. Concilier nos activités avec une vie de famille n’est évidemment pas de tout repos.» Malgré cela, le jeune couple souhaite agrandir la famille. Et si la radiologue se dit fatiguée lorsqu’elle rentre chez elle, le soir, après avoir vu des cas compliqués en IRM fœtale et des patientes qui souffrent, le fait de voir sa fille en pleine forme est à chaque fois un merveilleux cadeau. Ceci dit, le couple a trouvé une bonne organisation: «Nous participons plusieurs fois par mois à des congrès, raconte le Pr Jani. Nous essayons de nous y rendre ensemble et de faire un séjour très court. Je suis, par exemple, allé dernièrement en Australie opérer un bébé. Je suis resté 22 heures sur place. Lorsqu’un congrès a lieu en Europe, nous rentrons chez nous le jour même, afin d’éviter de passer des nuits hors de la maison.»

Pas simple pour les femmes

Jacques Jani constate que la médecine reste encore souvent un domaine masculin. «Il n’est pas aisé pour une femme de s’intégrer dans le milieu médical, de montrer qu’elle peut être professeur et femme à la fois. Les hommes n’acceptent pas cela facilement. C’est déjà laborieux pour moi, qui suis un homme jeune. Mais pour une jeune femme, c’est bien pire. Surtout au niveau académique. Quand une personne est très spécialisée et qu’elle fait du bon travail, elle fait de l’ombre aux autres et cela passe parfois très mal.» Des propos qu’approuve son épouse, qui ajoute: «Une femme qui est médecin, et jeune de surcroît, doit se battre davantage pour prouver qu’elle est capable.»

Auteur : Colette Barbier
Source : Le Journal du Médecin (n° 1977 du 13/02/2009) - ©Lejournaldumedecin.com

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