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>>La douleur n'a qu'à bien se tenir !

Dr Dominique BouckenaereLe CHU Brugmann a été sélectionné par le SPF Santé Publique pour participer au projet pilote "équipe multidisciplinaire de la douleur". Le couronnement de plusieurs années de travail pour l'équipe du Dr Bouckenare.

La consultation spécialisée dans la prise en charge de la douleur chronique, initiée en 2004 par le Dr Dominique Bouckenaere, s'est toujours attachée au suivi pluridimensionnel de la douleur chronique. Des médecins de différentes spécialités (une anesthésiste spécialisée en algologie, un médecin spécialisé en médecine physique et réadaptation, une psychiatre d'orientation cognitivo-comportementale) se sont joints à elle pour constituer une équipe pluridisciplinaire, riche de compétences complémentaires. Cette équipe bénéficie aujourd'hui, dans le cadre du projet pilote "équipe multidisciplinaire de la douleur", d'un poste supplémentaire de psychologue à mi-temps et d'une secrétaire 8 heures par semaine.

Approche biopsychosociale de la douleur

Derrière le travail de la consultation "douleur chronique" et la mise en place du projet pilote, on trouve le même principe: l'approche biopsychosociale. Cette démarche prend en compte le caractère pluridimensionnel de la douleur chronique (définie comme persistant depuis plus de trois mois malgré des démarches diagnostiques et thérapeutiques bien conduites). La souffrance de longue durée est en effet un problème très complexe, où sont intriqués :

  • des éléments biologiques, essentiellement neurophysiologiques: la persistance de la souffrance entraîne des modifications à long terme du système de la douleur. Ce dernier devient plus sensible, et les circuits de contrôle de la douleur ne fonctionnent plus. La douleur devient alors autonome vis-à-vis de sa cause initiale et rebelle au traitement. Il arrive aussi parfois que la cause d'origine demeure;
  • des éléments psychologiques et émotionnels comme l'angoisse, le fait de se focaliser ou non sur la sensation désagréable, les comportements d'évitement…;
  • et des facteurs sociaux: difficultés professionnelles ou relationnelles causées par la douleur.

Un problème complexe

Face à ces difficultés très diverses, répéter une nouvelle fois une démarche purement médicale devient inadéquat.
Et peut même être néfaste, explique le Dr Bouckenaere: "Certains patients nous consultent après avoir subi cinq, voire dix opérations, et des examens plus nombreux encore, sans résultat. Naturellement, notre premier réflexe est de revoir le diagnostic et de vérifier s'il n'y a pas un traitement spécifique envisageable. Si ce n'est pas le cas, il faut accepter de changer d'optique. Dans un premier temps, nous tentons de réduire le niveau de la douleur par l'adaptation du traitement antalgique, ou éventuellement par des gestes techniques (infiltrations par exemple) sur indication précise. Mais de nombreux patients doivent accepter de vivre avec la douleur, et c'est là que l'approche biopsychosociale prend tout son sens. Nous donnonsà ces patients des outils pour améliorer leur fonctionnement quotidien, leur vécuémotionnel et leur qualité de vie, malgré la persistance de la douleur", commente le Dr Bouckenaere.

Kinésithérapie : apprendre la gestion physique de la douleur...Des stratégies diverses

Ces outils sont variés, reflétant les profils multiples qui composent l'équipe de la douleur :

  • consultation longue et attentive pour cerner le problème et déterminer la stratégie. "La simple prise en compte du problème est souvent, en elle-même, un grand soulagement pour nos patients, qui ont très fréquemment l'impression d'être incompris", explique le Dr Bouckenaere;
  • thérapie cognitive et comportementale pour aider le patient à agir sur ses propres pensées et comportements. Objectif: réinvestir sa propre vie et ne plus se laisser arrêter par la douleur;
  • des séances de kinésithérapie en groupe, dont le but est d'apprendre la gestion physique de la douleur et de réadapter le corps à l'effort;
  • relaxation.

Il s'agit, à travers ces différentes approches, d'éviter les réactions les plus fréquentes face à la douleur: bouger le moins possible, surtout le ou les membres atteints, se focaliser sur cette sensation, se replier sur soi parce que les autres ne peuvent ni partager ni, souvent, comprendre cette douleur... Ces réflexes sont naturels, mais ils mettent la souffrance au centre de l'existence et diminuent encore la possibilité pour le patient de profiter de sa vie.

Rendez-vous et/ou accueil : 02/477.33.00 / 33.01 (site Horta) ou 02/477.94.36 (site Brien).

:: Pas seulement la douleur chronique :: Outre le projet "équipe multidisciplinaire de la douleur", un autre projet pilote, "fonction algologique", a aussi été attribué au CHU Brugmann. Ce projet prévoit le recrutement d'un(e) infirmie(è)r(e) à mi-temps dont la mission sera de sensibiliser les soignants au problème de la douleur dans les soins et les traitements ordinaires, dans les différents services de l’hôpital, et ce en dehors de la prise en charge de la douleur aiguë postopératoire.
:: La consultation "douleur chronique" en chiffres ::
>Environ 750 consultations par an.
>51% des patients ont entre 40 et 59 ans.
>77% des patients sont des femmes.
>68% des patients sont référés par un médecin spécialiste et 18% par leur médecin traitant.
>Les pathologies les plus fréquentes sont les affections rhumatologiques (29%) et la fibromyalgie (28% des patients).
:: Deux projets pilotes pour lutter contre la douleur :: Ces projets consistent à financer, pendant une durée déterminée, des paramédicaux spécialisés en algologie dans le but d'améliorer la prise en charge de la douleur. Les projets seront ensuite évalués par une équipe interuniversitaire, afin de déterminer l'organisation optimale de la prise en charge de la douleur en Belgique, tant au niveau des institutions que de la constitution d'un réseau, et ensuite d'envisager un financement structurel, voire une extension de l'offre de soins… dans la limite des moyens disponibles.

Auteur : Marion Garteiser
Source : Osiris News (n° 18, mars-mai 2010)