>>Zoom sur la réforme du paysage hospitalier

Francis de Drée (CHUB), Georges Casimir (HUDERF), Bruno de Meue (HUDERF) et Jean-Marie de Meyer (CHUB)

Initiée par la ministre de la Santé, Maggie De Block, la réforme du paysage hospitalier se précise. De quoi s’agit-il? Quels sont ses objectifs et quand sera-t-elle effective? Explications.

Souvent réduite à une réforme budgétaire ayant pour simple objectif de diminuer le budget alloué aux soins de santé en milieu hospitalier, la réforme de la ministre de la Santé a plutôt pour vocation une meilleure efficience et une meilleure qualité des soins.
«En effet, des études scientifiques prouvent que plus une technique médicale est effectuée par un médecin ou par une équipe, mieux elle est réalisée. Il est donc important pour la qualité des soins que les équipes aient accès à un nombre suffisant de patients. D’où l’idée de faire fonctionner les hôpitaux en réseau», explique Francis de Drée, directeur général du CHU Brugmann.

S'adapter à l'évolution de la société

Par ailleurs, cette réforme répond à une évolution de notre société et des besoins du patient: le nombre de personnes âgées et de malades chroniques ne cesse d’augmenter, ce qui accroît la demande en soins de santé. Il est donc important de réévaluer la manière d’allouer les ressources financières afin que chaque euro dépensé le soit de manière efficace. «En outre, les technologies médicales et les traitements personnalisés évoluent très rapidement et il n’est pas possible de les proposer dans tous les hôpitaux. Tant du point de vue financier que de celui de l’expertise du personnel médical. Raison pour laquelle il est intéressant de collaborer entre hôpitaux, ce qui se fait déjà beaucoup d’ailleurs

En pratique ? Une structure en réseau

Afin d’atteindre cet objectif d’efficience et de qualité des soins, Maggie De Block a imaginé une structure en réseau qui permettrait, par exemple, d’attribuer une technologie très coûteuse à un seul hôpital qui en ferait bénéficier les autres hôpitaux de son réseau. Côté timing, la ministre souhaite voir sa réforme adoptée en juin 2018 et à partir de cette date laisser six mois à tous les hôpitaux du pays pour soumettre leur proposition de réseaux. Un planning peut-être un peu ambitieux, la réforme devant être adoptée par le gouvernement fédéral et par les gouvernements régionaux… Affaire à suivre!

:: La réforme en bref :: «Actuellement, il ne s’agit que de notes, aucun texte de loi n’est encore acté et les choses doivent encore être précisées. Comme la manière de calculer le nombre d’habitants des dites zones, par exemple», insiste Francis de Drée.
>Un réseau associerait des hôpitaux «de base» (soins de base), des hôpitaux «de référence» (soins complexes), et des hôpitaux académiques ou «tertiaires».
>25 réseaux devront être constitués.
>Chaque réseau devra couvrir une zone géographique confluente d’une population de 400.000 à 500.000 habitants.
>Les hôpitaux seront libres de constituer les réseaux comme ils le souhaitent

Réforme : quel impact pour le groupement Osiris ?

Mutualiser les ressources et collaborer avec d’autres institutions hospitalières fait déjà partie des habitudes du CHU Brugmann et de l’HUDERF. Pour Francis de Drée, Directeur général du CHU Brugmann, la réforme du paysage hospitalier serait donc une sorte de prolongement de la politique d’Osiris.

Le CHU Brugmann et l’Hôpital Universitaire Des Enfants Reine Fabiola (HUDERF) n’ont pas attendu la réforme du paysage hospitalier pour s’intéresser à la mutualisation des ressources, c’est une dynamique qui est déjà bien en place au sein du groupement.
«Cela fait plusieurs années que nos deux hôpitaux ont mutualisé des services comme la pharmacie, la stérilisation et la facturation, par exemple. Ou encore le service des ressources humaines, qui est commun à tous les hôpitaux du CHU de Bruxelles. En nous regroupant, nous avons notamment eu accès à des services de plus grande taille et avons donc pu investir dans des technologies plus performantes et/ou dans des équipes plus grandes. Ce qui nous a permis d’améliorer notre expertise», indique Francis de Drée, directeur général du CHU Brugmann. «Par ailleurs, cette collaboration s’étend aux services médicaux. Ainsi, le service de Dermatologie est commun au CHU Brugmann, à l’HUDERF et au CHU Saint-Pierre. Même chose pour l’Anesthésie et la Chirurgie cardiaque qui sont communes aux deux hôpitaux du groupement Osiris.» Une organisation qui n’est donc pas bien différente du fonctionnement en réseau préconisé par la réforme. «Cette réforme est une sorte d’amplification de ce qui est déjà initié. Ce type de travail en réseau est déjà en place dans plusieurs pays d’Europe et donne de très bons résultats

Pas de perte d'emplois à prévoir

Parmi le personnel des hôpitaux belges, nombreux sont ceux qui voient d’un mauvais oeil cette réforme. En cause, la crainte de suppressions d’emplois par souci d’économie. Mais Francis de Drée se veut rassurant: «Le nombre de personnes en demande de soins ne cesse d’augmenter, il n’y a donc pas de crainte à avoir en matière d’emploi. C’est la manière de structurer les ressources qui va évoluer, il y aura notamment du mouvement entre les soins effectués à l’hôpital et les soins effectués en dehors de l’hôpital, mais tout cela doit encore être précisé afin de garantir des soins de qualité et une distribution pertinente des moyens financiers ». Le groupement Osiris est et restera l’un des grands acteurs en matière d’emploi à Bruxelles.

Chaque hôpital conservera son identité

Autre point sur lequel il est important d’insister: la mise en réseau n’aura pas d’impact sur l’identité de chaque institution. «Il n’y a aucune ambiguïté concernant l’identité des hôpitaux au sein des réseaux. Chaque hôpital conservera son identité et sa propre vision. C’est essentiel pour qu’il puisse continuer à suivre son plan stratégique et pour que le personnel continue à s’identifier à son institution, c’est important pour son bien-être au travail.» Bien entendu, les réseaux seront chapeautés par un système de gouvernance faisant intervenir des membres des différents hôpitaux. Cela, afin de pouvoir également avancer ensemble, mais les modalités pratiques de ce type de gouvernance ne sont pas encore connues et les directions des différents hôpitaux y seront très attentives.

:: Collaborer pour de meilleurs trajets de soins :: Dans cet esprit de collaboration, des médecins du CHU Brugmann et du CHU Saint-Pierre travaillent déjà, ensemble, à l’élaboration de guidelines en matière de trajet de soins. «Les médecins de ces deux hôpitaux partagent leurs expériences respectives afin d’en retirer le meilleur et de rédiger des trajets de soins précis offrant la meilleure prise en charge possible. Actuellement, ces trajets de soins concernent l’urologie, le suivi de la grossesse et la pose d’une prothèse de hanche», explique Francis de Drée.
:: Quid de la mobilité des patients :: Avec le regroupement de certains services, les patients s’inquiètent eux-aussi de leur accès futur aux soins. Qu’en est-il vraiment? «Là aussi, les choses doivent être définies en fonction du type d’activité: les services d’Urgence, par exemple, doivent rester des services rapidement accessibles. Tandis qu’un service d’Orthopédie peut demander au patient de faire plus de kilomètres», souligne Francis de Drée. En outre, il ne faut pas uniquement raisonner en termes de kilomètres: ne faut-il parfois pas faire 15 kilomètres de plus et avoir accès à un service de pointe plutôt que de se contenter d’un service de base à côté de chez soi?

Coordination : Aude Dion
Source : Osiris News (n° 47, juin-novembre 2017)